L'incontinence anale (IA) de l'adulte
Perte involontaire de selles et/ou de gaz évoluant depuis plus de 3 mois chez un patient de plus de 4 ans.
On distingue l'IA passive : fuite sans besoin ressenti (souvent rectum plein) et l'IA active : besoin urgent impossible à retenir (impériosité)
Enjeux
- Population générale : 7 à 15 %
- Plus fréquente après 60 ans
- Plus fréquente chez les femmes
- Jusqu'à 35 % dans la maladie de Crohn
85 % des médecins ignorent l'IA de leurs patients (tabou important). C'est une pathologie fréquente mais sous-déclarée.
Comprendre le mécanisme
L'incontinence anale résulte d'un dysfonctionnement à l'un de ces trois niveaux :
- Les selles (le contenu)
Troubles du transit : diarrhée, constipation et fécalome - Le rectum (le réservoir)
Problèmes : inflammation, trouble de la sensibilité et mauvaise compliance - Les sphincters (le verrou)
Sphincter interne (automatique) ou sphincter externe (volontaire)
Causes
Plusieurs anomalies acquises ou congénitales peuvent être liées à cette incontinence anale de l'adulte :
- Traumatiques
Accouchements, chirurgies anales ou rectales, fractures du bassin - Anatomiques
Prolapsus rectal, rectocèle, troubles de la statique pelvienne - Neurologiques
AVC, sclérose en plaques, maladie de Parkinson, diabète, spina bifida - Inflammatoires
Maladies inflammatoires intestinales, rectites - Médicamenteuses
Laxatifs, certains anti-diarrhéiques
Diagnostic
Il existe différents examens cliniques et complémentaires à réaliser afin de permettre une évaluation complète de votre incontinence anale.
Examen clinique
- Examen périnéal
- Recherche trouble statique pelvienne
- Troubles urinaires associés
- Examen complémentaire
Examen complémentaire
- Manométrie ano-rectale → fonction sphinctérienne
- Écho-endoscopie → rupture sphinctérienne
- IRM pelvienne dynamique → prolapsus, rectocèle
Coloscopie si suspicion inflammatoire
Traitements
Traitement de 1ère ligne
Correction du transit.
Traitements conservateurs (1ère intention)
- Mesures hygiéno-diététiques
Hydratation, fibres, activité physique. - Rééducation abdomino-périnéale
6 à 20 séances, renforcement sphinctérien, apprentissage du contrôle des urgences. Efficacité : 60 à 80 %. Prise en charge par la sécurité sociale. - Médicaments
Laxatifs (si constipation), lopéramide (si diarrhée), cholestyramine (post-cholécystectomie). Amélioration dans environ 60 % des cas. - Neurostimulation tibiale
Séances à domicile, 20 minutes/jour. Efficacité variable (30–80 %).
Si échec des traitements conservateurs
- Neuromodulation sacrée
Test de 2 à 3 semaines, implantation définitive si amélioration > 50 %. Boîtier d'une durée de vie ≈ 10 ans. Efficacité à long terme variable (21–87 %). - Réparation sphinctérienne
Indiquée chez les patients jeunes avec rupture récente partielle. Résultats durables dans les cas bien sélectionnés. - Irrigation colique
Utilisée surtout dans les troubles neurologiques. - Graciloplastie
Alternative en cas d'échec global. - Colostomie
Dernier recours. Amélioration significative de la qualité de vie.